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Colette R.

Témoignage de Colette R.

« À travers cette biographie, j’ai voulu rendre hommage à mon mari, décédé trois ans auparavant. Toutes les semaines, j’attendais avec impatience l’arrivée du jeudi après-midi, jour de mes rencontres avec Emmanuelle, qui me faisaient oublier mes nombreux soucis de santé. Les souvenirs sont remontés plus facilement que je ne l’aurais pensé, et je suis fière d’avoir pu faire revivre autant de mes proches à travers ces écrits, que j’ai hâte d’offrir à mes enfants, petits-enfants et arrière petits-enfants. »

Extrait

Tous les lundis, maman recevait ses amies pour le « thé-bridge », activité qui constituait un excellent prétexte pour que ces dames racontent leur vie. Or Jean venait me donner mes cours de maths justement le lundi. Maman nous conviait au moment du thé, et bien entendu, ses amies adoraient mon professeur, si intelligent et si drôle, capable de s’intéresser à leur discussion et même d’y participer. C’est alors que j’ai regardé Jean d’un autre œil. Parfois, les invitées apportaient leurs ouvrages de couture. Un jour, Jean s’est emparé des aiguilles qui traînaient et a déployé des talents de tricoteur invétéré. Quel succès auprès de ces dames ! Que d’éclats de rire ! Bien entendu, le tricot n’était pas un don inné chez Jean : pendant des vacances en Autriche où il avait été immobilisé à la suite d’une fracture de la jambe, il s’y était mis très sérieusement, avec l’intention de se tricoter le pull-over de Jean Marais dans L’Éternel retour. Jean n’a d’ailleurs pas seulement été mon professeur de maths, il m’a aussi appris l’art du tricot.

Après nos premières leçons dans la salle-à-manger, les suivantes ont eu lieu sur le petit bureau de la chambre que je partageais avec les filles de Bernard. Sophie, encore bébé, babillait souvent dans son berceau pendant ce temps. L’hiver 1946 a été marqué par de nombreuses pannes d’électricité. Un soir où l’obscurité avait fait hurler la petite, Jean et moi nous sommes tous les deux précipités vers elle pour la calmer, et avant même que j’aie eu le temps de voir venir les choses, je me suis retrouvée dans les bras de mon professeur, qui m’embrassait pour la première fois. Pas une seule seconde je n’avais prévu ce qui allait se passer. C’est donc au chevet de Sophie que j’ai reçu le premier baiser de Jean, ce qui a ravi ma cousine lorsque nous lui avons raconté l’histoire bien plus tard.

Même si cet événement m’a cueillie par surprise, j’en ai été parfaitement heureuse et j’ai agi avec un naturel parfait, malgré mon expérience limitée en la matière. Par la suite, il y a eu encore de nombreuses leçons, et par bonheur beaucoup de pannes d’électricité.

J’ai caché mon secret à mes parents pendant longtemps. Cependant, un soir où j’étais allée chercher Jean au Bon Marché – en ayant raconté des histoires à maman – alors que nous buvions un verre rue de Grenelle à la Petite Chaise, l’un des plus vieux bistrots du quartier, mon amoureux m’a fait comprendre qu’il tenait à ce que ma famille soit au courant de notre amour, ne serait-ce que pour obtenir l’autorisation de nous voir plus souvent. À la fin de la conversation, il m’a prise de court : « Puisque j’ai l’intention de parler à ta mère le plus tôt possible, pourquoi n’irions-nous pas tout de suite chez toi ? ». Nous voilà aussitôt partis. Dans l’autobus, je n’en menais pas large.

En nous apercevant, maman s’est écriée : « Ah, mon petit Jean, comme je suis contente de vous voir ! », ce à quoi l’intéressé a répondu : « Je n’en suis pas si sûr, Madame… ». Il lui a alors expliqué qu’il était très épris de moi et qu’il espérait bien que notre histoire allait devenir officielle. « Mais enfin, a rétorqué maman, vous rendez-vous compte de votre jeune âge et surtout de l’âge de Colette ? Elle vient d’avoir dix-sept ans, c’est grotesque ! Comment pouvez-vous croire qu’une aventure de gamins peut perdurer ? ».

Jean ne s’est pas laissé impressionner par ces paroles : « En ce qui me concerne, je suis sûr de moi. Mais en ce qui concerne votre fille, ce n’est pas gagné ! ». Devant l’assurance de Jean, Maman s’est tout de même montrée conciliante : « Écoutez, mon mari et moi allons discuter, réfléchissez bien tous les deux, nous allons nous revoir et en rediscuter. ». Jean nous a saluées et il est parti. Aussitôt, Nénette, Bernard et toute la smala ont été mis au courant du scoop du jour.

Papa est rentré pour le dîner assez tard, de bonne humeur car ses affaires avaient bien marché. En arrivant, il s’est écrié : « Ah quelle bonne journée ! ». Nénette lui a répondu d’un air mystérieux : « En effet, pour une journée c’est une journée ! À propos, ta fille a quelque chose à t’annoncer. » J’ai vu mon père devenir vert ; il m’a entraînée vers le salon, où il a prononcé des paroles excessives : « Alors, qui est-ce aujourd’hui ? », comme si j’avais l’habitude de changer d’amoureux tous les quatre matins, alors que je n’étais entourée que de camarades « inoffensifs ». Furieuse, je lui ai répondu : « C’est Jean R., mais lui, j’ai l’intention de l’épouser ! ». Cette phrase est sortie comme cela, sans aucune préméditation.

Lorsque ses parents sont venus passer un week-end à Paris, Jean leur a forcé la main pour que la rencontre au sommet ait lieu : « Ce soir, vous êtes pris. Vous venez boire un verre chez des amis à moi ». Comme Gertrude, sa mère, s’étonnait de ces mystérieux amis, Jean n’a pas pris de pincettes : « Ces sont les parents de la fille que j’ai l’intention d’épouser ». Sa mère semblait affolée, les questions fusaient, mais Jean a tenu bon : jusqu’à la porte de la maison, il n’a donné la moindre information ni sur ma famille ni sur moi.

En découvrant que nous habitions dans les beaux quartiers, Gertrude était en partie rassurée. Une bonne adresse, c’était déjà un bon point. Arrivée dans le hall, elle a admiré la splendide cage d’escalier. Un autre bon point !

C’est moi qui leur ai ouvert la porte. Ma future belle-mère était impressionnante, avec sa belle allure et son port altier. Je me suis sentie examinée sous toutes les coutures. Papa et maman sont venus à ma rescousse et ils ont mis à l’aise mes futurs beaux-parents en leur proposant de discuter de la « situation » au salon. Jean leur a dit : « C’est très bien, faites connaissance ! » et il m’a entraînée dans la salle-à-manger. Mon cœur battait à tout rompre, je me demandais bien ce que les adultes allaient bien pouvoir se raconter. Les parents de Jean étaient mis devant le fait accompli, ils devaient me trouver trop jeune, je n’avais aucune raison de me sentir à mon aise. Jean, avec son discernement habituel, a fait confiance aux bonnes natures des uns et des autres.

Au bout d’un certain temps, nous avons tenté une réapparition au salon. Quel soulagement, nos parents discutaient en riant. Jean les a interrogés : « Alors ? ». Son père a répondu : « Eh bien écoutez, nous ne savons pas ce qu’il adviendra de vous puisque vous n’êtes que deux gamins, mais nous quatre, de toute façon, nous nous reverrons ! ».

Joséphine S.

Témoignage d’Olivier Kurzer, réalisateur

« Pour ses 95 ans, j’ai offert à ma grand-tante Joséphine un « bon pour une biographie », afin d’en savoir plus sur toute ma famille. Malgré ses premières hésitations, Joséphine a été ravie de se lancer dans l’aventure. Dès sa première rencontre avec Emmanuelle, elle a apprécié ses qualités d’écoute et sa gentillesse. Les entretiens se sont déroulés dans la bonne humeur. La biographie est très bien écrite, agréable à lire. Nous, les descendants, avons fait des découvertes incroyables sur l’histoire de notre famille. »

Témoignage de Joséphine
« Nous avons fait ensemble un bon travail ! Dans vos phrases, j’ai retrouvé mes mots. Nos rencontres me manquent déjà.»

Un extrait de la biographie de Joséphine S.

Le 3 septembre 1939, la France déclara la guerre à l’Allemagne. En mai et en juin 1940, la progression de l’armée allemande entraîna une gigantesque panique dans la population : dix millions de personnes s’enfuirent sur les routes.

Parmi les amis que nous voyions le dimanche se trouvaient les deux femmes qui avaient donné naissance à leur enfant en même temps que moi. L’amie de l’une d’elles, Geneviève, possédait une voiture et se proposa de nous emmener à Saint-Nazaire, dans sa famille.

Nous voici parties, quatre femmes et leur marmaille. Nous passâmes la porte d’Orléans et découvrîmes sur les routes une foule impressionnante. Tout le monde fuyait la capitale. Il était très difficile d’avancer : tout ce qui roulait — même les chariots — quittait la capitale. « Les gens sont devenus fous ! », me dis-je.

Après une centaine de kilomètres au ralenti, la voiture fut complètement bloquée. La conductrice, Geneviève, descendit pour voir ce qui se passait. Nous ne la revîmes jamais : elle nous avait laissé tomber. Je sus plus tard qu’elle était retournée à Paris et qu’elle avait affolé nos maris par son témoignage.

Des avions commençaient à tournoyer au-dessus de nos têtes et à bombarder. Nous partîmes à pied. J’évitais de regarder les cadavres sur la route. Nous fîmes une halte au pied d’une maison, à une quinzaine de kilomètres d’Orléans. Une jolie dame en sortit, et, nous apercevant avec nos bagages et nos enfants dans les bras, elle eut pitié et nous offrit le gîte et le couvert. Cela tombait à pic, nous étions épuisées. Le soir, je regardai par la fenêtre de notre chambre, au premier étage : les avions volaient si bas que j’avais l’impression qu’ils se trouvaient sous mon nez. Ils commencèrent à mitrailler. Je me dis que nous étions prises dans un engrenage, coincées entre la foule et les bombardements.

Le lendemain, nous décidâmes d’avancer vers Orléans. Des centaines de cadavres jonchaient le sol. En principe, mon mari était resté à Paris, mais en voyant tous ces morts, j’avais peur qu’il ne figure parmi eux. Nous trouvâmes un train de marchandises à destination d’Orléans. Nous nous y installâmes, assises sur des caisses. Soudain, des cris : « Descendez, le train va être bombardé ! ». Je me précipitai sous le wagon, et je me couchai par-dessus mon fils pour le protéger. Ce furent d’interminables minutes : chaque fois qu’un avion passait au-dessus de nous, d’énormes vibrations me faisaient sursauter.

Après l’assaut, nous remontâmes dans le train, mais il ne démarra pas. Nous repartîmes avec nos gosses affolés sous le bras. En route, nous rencontrâmes deux déserteurs français. Ils nous aidèrent à porter les enfants. Aussitôt que les avions approchaient, nous quittions la route et nous nous cachions dans la forêt. À l’approche d’Orléans, nous découvrîmes un château abandonné par ses habitants. Par chance, nous y trouvâmes des victuailles et des vêtements. Les déserteurs tuèrent un poulet pour nous nourrir. Après s’être ravitaillés, les deux hommes nous quittèrent, de peur d’être pris par les Allemands.

Pour nous non plus, la « vie de château » ne s’éternisa pas ! Après deux ou trois jours de repos, nous jugeâmes plus prudent de changer de cachette : nous nous installâmes juste en face, dans un couvent déserté. Impossible de s’y enfermer, les portes n’ayant pas de serrure.

Par la fenêtre, nous vîmes arriver des officiers allemands, qui investirent « notre » château. L’un d’eux traversa la rue et nous rendit visite. « Les troupes vont arriver ; pour votre sécurité, vous devez vous enfermer», nous déclara-t-il. Il s’aperçut alors que la porte ne fermait pas à clef. Il revint peu de temps après avec un serrurier et un autre gradé. Nous étions en plein été. Je portais un corsage violet en dentelle, et j’étais tellement mince que mon argent, caché dans une ceinture sous mon corsage, ne se laissait pas deviner. Après le départ du deuxième gradé, le premier officier pointa son doigt vers moi : « Vous, Madame, venez avec moi. Le commandant veut vous voir ». Le commandant ? Mais je n’en avais pas croisé ! Il s’agissait en fait de l’autre homme, dont je n’avais pas reconnu le haut grade. Mes deux amies devinrent livides. Je n’eus d’autre choix que de leur confier mon fils et de suivre l’officier.

Dans le parc du château, le « petit commandant » prenait tranquillement le thé sur une nappe magnifique. Un officier faisait sa toilette en plein air. Le commandant me proposa une boisson chaude et se présenta poliment. Puis il m’abreuva de questions : «Que faites-vous dans ce couvent ? Où est votre mari ? Je suppose que vous avez fui car des rumeurs vous ont fait croire que nous allions tuer vos enfants et bombarder Paris ? ». Je lui répondis en allemand en lui précisant que je parlais cette langue car j’étais née en Hongrie. Il était ravi que l’on se comprenne : « Prim’ Gut ! » Je me demande quelle tête il aurait fait s’il avait su qu’il faisait la cour à une femme juive.

Après notre discussion, il me proposa de me faire visiter le premier étage du château. Il me prit la main, il faisait presque nuit. Aïe ! Je lui dis que mon fils m’attendait, et qu’il me fallait absolument rentrer pour m’en occuper. Il devint plus direct : « Bon, alors tu viens demain ». Il m’invita à prendre de la nourriture pour les enfants dans les cuisines installées au rez-de-chaussée.
Quand je rentrai au couvent, mes amies furent grandement soulagées de me revoir et elles voulurent quitter les lieux aussitôt. Je leur dis qu’à dix heures du soir, ce n’était pas raisonnable ; j’ajoutai que nous devrions profiter de la proposition du commandant — la plus honnête des deux — mais qu’il nous faudrait trouver une « ruse de guerre » pour échapper aux troupes bruyantes et aux manœuvres de séduction de leur chef.

Le lendemain, après nous être ravitaillées au château, nous aperçûmes dans la rue des ambulances allemandes chargeant des blessés pour les acheminer vers des hôpitaux parisiens. Nous demandâmes aux chauffeurs de nous emmener. Ils acceptèrent. Nous nous retrouvâmes au milieu de grands blessés — un spectacle assez peu recommandé pour les enfants ! En cours de route, les petits eurent besoin de se soulager, ce qui ne nous arrangeait guère : pas question de montrer aux Allemands les pénis circoncis de nos fils. Par chance, sur les trois garçonnets, l’un n’était pas circoncis. Sa mère tourna ostensiblement l’enfant vers les Allemands, et nous fîmes uriner les deux autres discrètement, derrière.

Pierre C.

Témoignage de Pierre C.

« Mon fils m’a offert un « bon pour une biographie » à Noël. Il m’a dit qu’il n’osait pas me poser de questions sur ma jeunesse. Je pensais ne pas avoir grand-chose à raconter, mais c’est fou comme les souvenirs sont remontés facilement ! Mon petit-fils de onze ans a lui aussi lu ma biographie, et depuis, il ne cesse de me demander de raconter encore et encore des épisodes qu’il a lus dans le livre. Je suis devenu son super-héros !»

Extrait

Je me rendais une ou deux fois par semaine en vélo jusqu’à Voisins-le-Bretonneux avec un copain, pour aller chercher deux litres de lait dans une ferme. Nous mettions plus de trois heures pour faire l’aller-retour. Il nous fallait grimper la côte de la Minière qui était sacrément raide, puis traverser le plateau du même nom. Tous ces efforts étaient récompensés, car le lait était une denrée rare pendant la guerre.

Un beau jour, en nous rendant à la ferme, nous sommes passés devant un camp d’aviation et nous nous sommes arrêtés pour dessiner les avions abrités dans des hangars. Les Allemands nous ont interpellés et ont voulu voir nos croquis. Ils se méfiaient même des enfants, dont certains étaient liés à la Résistance. Par miracle, nous n’étions pas de grands artistes. Lorsque les soldats ont constaté que nos dessins ne ressemblaient pas à grand-chose, ils nous ont laissé filer.

Une autre fois, avec mon frère cadet, en sortant de la maison, nous avons croisé une troupe de la Légion des Volontaires français contre le bolchevisme, qui partait prendre le train pour l’Allemagne. J’ai eu le malheur de souffler à mon frère : «Ils vont encore user nos pavés ! ». Un homme s’est approché de moi, m’a attrapé par la manche et m’a fait la leçon : « Petit, tu ne dois pas parler ainsi, souviens-toi que ton chef est le maréchal Pétain. » Il s’agissait sans aucun doute d’un policier en civil. Heureusement, il ne nous a pas demandé notre nom, car de telles paroles auraient pu faire arrêter nos parents. Il avait raison de me mettre en garde — je n’ose pas imaginer ce qui serait advenu de ma famille si j’avais prononcé de telles paroles devant un agent de la Gestapo !

J’ignore si mes parents étaient du côté de Pétain. Sans doute pas, lorsque l’on sait que mon père a caché les biens d’une famille juive qui avait quitté Versailles précipitamment. Tous leurs meubles étaient dispersés au milieu du mobilier d’église dans notre sous-sol.

Je n’ai pas eu de nouvelles de cette famille, car mes parents ne nous tenaient pas au courant de ce genre d’affaire pour éviter les risques de fuite. Je sais seulement que leur maison, qui se trouvait en face de la nôtre, a été rasée par une bombe. Au moment de la déflagration, la gardienne dormait au premier étage. Sans avoir le temps de comprendre ce qui lui arrivait, elle s’est retrouvée, au rez-de-chaussée, toujours dans son lit, au beau milieu des décombres. Elle était indemne ! Notre maison a été bien touchée également : ses tuiles et ses carreaux ont explosé.

Lorsque les sirènes retentissaient en pleine nuit, nous devions attraper nos affaires et nous rendre à toute vitesse jusqu’à l’abri de l’avenue de Paris, très éloigné de chez nous. Un matin, en sortant de notre refuge, nous avons constaté qu’une bombe était tombée au beau milieu de l’avenue de Paris, à l’endroit-même où nous étions passés quelques heures plus tôt. À la vue de l’énorme cratère, nous nous sommes dit qu’il s’en était fallu de peu pour que nous soyons « rectifiés » !

Le jour de la Libération, les obus passaient au-dessus de nous, rue du peintre-Lebrun. Nous nous trouvions au milieu des tirs d’Allemands et de ceux de la Division Leclerc. L’atelier de mon père s’est mis à fabriquer des drapeaux — français, anglais et américains — que nous avons vendus dans la rue. Les passants se les arrachaient. « Le Père » avait le sens du commerce ! Il avait fallu se mettre à l’ouvrage à grande vitesse : quelques jours avant, alors que les Allemands étaient encore présents, pas question de s’amuser à ce genre de plaisanterie ! En un temps record, les dix couturières ont donc réussi à coudre cinq cents, voire mille drapeaux. Nous, les enfants, nous les avons agrafés sur des hampes en bois. Maintenant que j’y pense, lorsque nous sommes revenus fièrement avec les sous, nous n’avons même pas eu droit au pourboire…

 
 
 
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